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L'oeuvre en vedette

Atelier Pierre Favier le jeune, Pot de monstre, «Mithridat»

Atelier Pierre Favier le jeune, Pot de monstre "Mithridat" © Musée Fabre de Montpellier Agglomération - clichés Frédéric Jaulmes

Montpellier, Atelier Pierre Favier le jeune

Pot de monstre, «Mithridat»

Vers 1650-1660

Faïence stannifère, décor de grand feu polychrome

Double signature : "Favier fecit" sur la panse et "Favier" sur le couvercle

H. 35,5, cm ; L. 35,5 cm

Inv. 2013.8.1

Hist. : Collection Christian Bonnin, Béziers ; achat de la Fondation d’Entreprise du musée Fabre, 2013 ; don de la Fondation d’Entreprise du musée Fabre, 2013.

Ce pot de monstre, dont la provenance montpelliéraine a été confirmée par les analyses de terre, est une pièce unique dans la faïence méridionale du XVIIe siècle. Sa taille comme son décor en font un objet exceptionnel pour cette période. Il est orné sur une de ses faces d’un portrait de Louis XIII, copié d’après une gravure qui a pu être identifiée. Au revers, les armes de France et de Navarre complètent cette inconographie royale. Les motifs végétaux comme les représentations pittoresques d’animaux (chiens, oiseaux, lièvres, hérons) dénotent l’influence des décors naturalistes diffusés par les productions faïencières de Savone, près de Gênes.

Le pot de monstre ou pot à montrer, qui signifie « exposer aux regards », est un vase d'apparat d'apothicaire. Dans les officines, ce type de récipient de grande taille avait un rôle décoratif et contenait des remèdes renommés tels que le contrepoison mithridat, l’un des plus anciens remèdes officinaux. Selon l’Encyclopédie de Diderot et D’Alembert : « Des vertus plus réelles du mithridat sont les qualités stomachiques, cordiales, sudorifiques, calmantes, fébrifuges, mais on ne l'emploie presque point à tous ces titres; par conséquent le mithridat est un remède qu'on ne prépare presque plus que pour la décoration des boutiques, par une espèce de respect religieux pour son antiquité ».

Signé à deux reprises, "Favier fecit" sur la panse et "Favier" sur le couvercle, ce vase est attribué à Pierre Favier le jeune (1617-1664). Issu d’une famille de faïenciers, il est le premier de la dynastie à orthographier son nom « Favier ». Son père, Pierre Favier le vieux, dont on connaît la signature, orthographiait son nom « Favières ». L’atelier de Pierre le jeune, installé au Pila-Saint-Gély, connut une existence éphémère, de 1641 à 1664. Il produisit de la poterie commune et de la faïence, prolongeant une tradition familiale dont son père fut l’un des principaux représentants. Ce dernier se forma dès le début du XVIIe siècle avec le céramiste vénitien Francesco Boesina, de passage à Montpellier en 1614. Sa formation constitue un témoignage de première main sur le processus d’apprentissage des céramistes locaux par des artisans italiens itinérants. Pierre Favier le vieux fournit de nombreux apothicaires, comme en témoignent les contrats de vente. Sa production est connue en particulier pour une série de vases de pharmacie aux portraits des rois de France. Le décor de ce grand vase de monstre, orné du portrait de Louis XIII, participe de la tradition familiale des pots de pharmacie à portraits royaux (cf. J.-L. Vayssettes, Montpellier, Terre de faïences, pp. 166-223).

En outre, ce vase d’exception est l’une des deux seules pièces connues pour Montpellier portant la signature de son créateur : un plat au décor de ruines, également exposé à l’Hôtel de Cabrières-Sabatier d’Espeyran, département des Arts décoratifs du musée Fabre, porte la marque de Jacques Olliver, daté 1696 (dépôt du musée national de céramique à Sèvres).